La Complainte du progrès au Mrac Occitanie, Sérignan
Commissaire : Sandra Patron

Arman, Kader Attia, Richard Baquié, Valérie Belin, Camille Blatrix, Claude Closky, Sara Cwynar, Francois Daireaux, Fischli & Weiss, Raymond Hains, Camille Henrot, Bernard Joisten, Lynn Hershman Leeson, Judith Hopf, Matthieu Laurette, Justin Lieberman, Mimmo Rotella, Jean-Baptiste Sauvage, Lucie Stahl, Superflex, Jacques Villeglé, Andy Warhol, Tom Wesselmann, Stephen Willats.

« Autrefois pour faire sa cour / On parlait d'amour / Pour mieux prouver son ardeur / On offrait son coeur / Maintenant c'est plus pareil, Ça change, ça change / Pour séduire le cher ange / On lui glisse à l'oreille - Ah, Gudule! Viens m'embrasser / Et je te donnerai / Un frigidaire / Un joli scooter / Un atomixaire / Et du Dunlopillo / Une cuisinière / Avec un four en verre / Des tas de couverts et des pelles à gâteau ! / Une tourniquette pour faire la vinaigrette / Un bel aérateur pour bouffer les odeurs / Des draps qui chauffent / Un pistolet à gaufres / Un avion pour deux / Et nous serons heureux ! »
Boris Vian, La complainte du progrès, 1956

L'exposition La Complainte du progrès explore les liens que les artistes entretiennent avec notre société de consommation et de communication, dans un dialogue entre des oeuvres historiques du Pop Art et des Nouveaux Réalistes, et des oeuvres de la génération actuelle. Notre espace commun, saturé de signes publicitaires, avec ses codes, ses icônes, ses stratégies marketing, ses matériaux issus de l'industrie et ses technologies jeu que les artistes s'approprient et détournent, entre fascination, humour et regard critique. Le titre de l'exposition est emprunté à la chanson du même nom de Boris Vian composée en 1956 au sortir de la seconde guerre mondiale. Avec cette chanson, s'augure pour le monde occidental la période des Trente Glorieuses, période de prospérité inédite marquée par une forte croissance économique et l'apparition de nouveaux produits de grande consommation qui révolutionnent les modes de vie. Dans les années soixante, les artistes du Pop Art puis les Nouveaux Réalistes posent un regard critique sur notre société de consommation triomphante, où s'affiche l'idéologie d'un progrès économique et social à coups de spots publicitaires. Investissant le champ de notre quotidien, ces oeuvres dévoilent, avec sérieux ou malice, la création d'une société individualiste qui érige la consommation - voire la surconsommation - en projet de société. Elles révèlent également, chez les artistes, une forme de jubilation dans l'emploi des matériaux issus de la production de masse et un goût de l'appropriation d'images issues du monde médiatique. Dès les années 1980, des artistes s'emparent de ces problématiques dans un contexte renouvelé où la marchandisation s'amplifie sous les effets conjugués d'une domination des mass media et d'un développement technologique qui rend les échanges commerciaux toujours plus rapides. Ce sera le début de ce que nous appelons désormais le monde globalisé. Les artistes s'inspirent et détournent les mass media pour opérer une critique d'une société du spectacle devenue omnipotente qui véhicule des images et comportements stéréotypés issus du marketing. Une génération actuelle renouvelle l'approche dans un monde complexe et ambigu, un monde digitalement modifié qui ne cesse de prôner la dématérialisation des flux de production et qui dans un même temps, crée des continents de déchets qui engorgent les abords de nos villes occidentales ou ceux des villes tentaculaires d'Inde ou de Chine. Ces artistes nous interrogent sur la façon dont cette réalité mouvante génère de nouveaux rapports physiques et psychologiques à la production/ consommation de biens matériels et modifie en profondeur notre pensée sur le monde. À l'image de la ritournelle de Boris Vian, ces artistes nous parlent de ce supplément d'âme qu'on accorde à nos objets connectés, et de la façon dont ces affects sont utilisés dans le champ économique. Explorant les nouveaux usages de production et de diffusion virtuelle des images, ils nous interrogent sur la façon dont nos sociétés glissent doucement mais sûrement de la société de consommation de masse à la société du contrôle généralisé de nos désirs.

Projets

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