Fortune Teller
Marseille, France
2014
Quelle est la part de théâtralité dans une exposition ou dans un
concert ? S'il est possible d'établir un parallèle entre la figure
romantique de l'artiste et celle du rockeur, Jean-Baptiste Sauvage nous
propose une installation qui met à nu la construction de cette
mythologie.
L'espace si singulier de la galerie Art Cade des anciens bains publics installés autour d'une cour triangulaire est transformé et la cour devient une sculpture blanche stroboscopique. Nous glissons alors dans un univers cinématographique où l'agressivité des flashs dessine les ombres portées d'une végétation luxuriante sur la baie vitrée. Un cinéma primitif d'ombres et lumières qui évoque une jungle où se tiendrait une rave secrète, renouant avec le rituel, la transe et la dimension anthropologique de la musique. L'élément clé de ce décor est toutefois la bande sonore: un son abstrait, presque animal, de cris suraigus qui forment une boucle répétitive et transforment le white cube en lieu du crime. Entre le concert, le cinéma d'horreur, la manifestation politique ou le massacre, c'est une atmosphère anxiogène qui contamine le contexte normé de la galerie. Le titre de l'exposition, évoquant la figure des diseuses de bonne aventure, fonctionne alors comme un piège.
« Fortune Teller » évoque l'histoire d'une supercherie: il s'agit d'un titre des Rolling Stones qui intègre l'un de leurs albums les plus ubuesques, « Got Live If You Want It! » (1966), un live bricolé, un pur produit de maison de disque qui a quasiment été renié par le groupe. Le titre « Fortune Teller » a été joué en studio avant que le label y surajoute des cris de fans préenregistrés. En choisissant d'utiliser uniquement la piste sonore des cris des fans, Jean-Baptiste Sauvage tourne son attention sur la fabrication des idoles, la mise en scène du public comme machine à susciter du mimétisme. Quel est la part de vrai et le part de jeu dans l'enthousiasme collectif ? De quelle façon les techniques d'enregistrement ont changé nos rituels de célébration ?
Une noirceur se dégage de l'ensemble malgré cette lumière aveuglante. Les cris des fans sont-ils de joie ou de frayeur ? Il surgit l'évocation de ce fameux concert des Stones à Altamont, souvent évoqué pour signaler la fin de la période flower power où un fan a été tué par les Hell's Angels, responsables du service d'ordre. Disposées au sol de la galerie, ces vitrines de vieux musée aux fonds rouge sang seraient elles des tombes pour une certaine mythologie libertaire du rock ? Est-ce qu'elle a été remplacée par la techno et la culture des raves, où l'ampli fait figure d'objet de culte, de totem tribal devant lequel se fait directement le rite de la danse, sans l'intermédiaire des musiciens idoles.
L'artiste a choisit de se placer en contrechamp, dans l'avant ou l'après d'une performance, ou dans un entre-deux, cherchant à capter l'électricité dans l'air avant l'orage. Du white cube à la rave dans la forêt, c'est tout un langage emprunté aux rituels primitifs qui est évoqué. De cette façon il rend sensible l'artifice de tout espace scénique, que ce soit une salle de concerts ou une galerie.
— P.Morais
L'espace si singulier de la galerie Art Cade des anciens bains publics installés autour d'une cour triangulaire est transformé et la cour devient une sculpture blanche stroboscopique. Nous glissons alors dans un univers cinématographique où l'agressivité des flashs dessine les ombres portées d'une végétation luxuriante sur la baie vitrée. Un cinéma primitif d'ombres et lumières qui évoque une jungle où se tiendrait une rave secrète, renouant avec le rituel, la transe et la dimension anthropologique de la musique. L'élément clé de ce décor est toutefois la bande sonore: un son abstrait, presque animal, de cris suraigus qui forment une boucle répétitive et transforment le white cube en lieu du crime. Entre le concert, le cinéma d'horreur, la manifestation politique ou le massacre, c'est une atmosphère anxiogène qui contamine le contexte normé de la galerie. Le titre de l'exposition, évoquant la figure des diseuses de bonne aventure, fonctionne alors comme un piège.
« Fortune Teller » évoque l'histoire d'une supercherie: il s'agit d'un titre des Rolling Stones qui intègre l'un de leurs albums les plus ubuesques, « Got Live If You Want It! » (1966), un live bricolé, un pur produit de maison de disque qui a quasiment été renié par le groupe. Le titre « Fortune Teller » a été joué en studio avant que le label y surajoute des cris de fans préenregistrés. En choisissant d'utiliser uniquement la piste sonore des cris des fans, Jean-Baptiste Sauvage tourne son attention sur la fabrication des idoles, la mise en scène du public comme machine à susciter du mimétisme. Quel est la part de vrai et le part de jeu dans l'enthousiasme collectif ? De quelle façon les techniques d'enregistrement ont changé nos rituels de célébration ?
Une noirceur se dégage de l'ensemble malgré cette lumière aveuglante. Les cris des fans sont-ils de joie ou de frayeur ? Il surgit l'évocation de ce fameux concert des Stones à Altamont, souvent évoqué pour signaler la fin de la période flower power où un fan a été tué par les Hell's Angels, responsables du service d'ordre. Disposées au sol de la galerie, ces vitrines de vieux musée aux fonds rouge sang seraient elles des tombes pour une certaine mythologie libertaire du rock ? Est-ce qu'elle a été remplacée par la techno et la culture des raves, où l'ampli fait figure d'objet de culte, de totem tribal devant lequel se fait directement le rite de la danse, sans l'intermédiaire des musiciens idoles.
L'artiste a choisit de se placer en contrechamp, dans l'avant ou l'après d'une performance, ou dans un entre-deux, cherchant à capter l'électricité dans l'air avant l'orage. Du white cube à la rave dans la forêt, c'est tout un langage emprunté aux rituels primitifs qui est évoqué. De cette façon il rend sensible l'artifice de tout espace scénique, que ce soit une salle de concerts ou une galerie.
— P.Morais







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