Chaise électrique à énergie solaire

Athènes, Grèce
2010

Exposition galerie Art Tower Agora

Ce «projet» de chaise électrique fonctionnant à l'énergie solaire est développé avec l'aide d'un ingénieur spécialisé dans ce domaine. Après vérification des données techniques, l'étude confirme la faisabilité d'un tel dispositif. Plusieurs étapes sont nécessaires, ce travail prendra différentes formes, montrées parfois indépendamment les unes des autres dans des contextes différents, c'est le cas de l'image 3D présentée pour la première fois à l'occasion de la Biennale Internationale de Design de Saint-Étienne qui se penche cette année-là sur l'éco design et les énergies propres...

Phase 1 : Étude menée sur la viabilité du projet.
Phase 2 : Modélisation de la scène sur un logiciel 3D, captures et film.
Phase 3 : Réalisation d'une maquette détaillée au 1/50 e.
Phase 4 : Installation in situ for Artower

Philippe Roux
La Tragédie du lisse, texte publié dans la monographie On Forme
Ce texte fait référence à la phase 2 et 3 du projet, maquette au 1/50 et modélisation 3D.

Bâtiment fermé. Murs de briques rouges. Plan carré sur carré de pelouse impeccablement tondu. Côté est, un chemin mène à une porte close. Le tout est construit à l'échelle 1/50 et posé sur un socle, protégé par un capot de plexiglas transparent. L'architecture très détaillée est éclairée aux quatre coins par une lumière crue, blanche, découpant des lignes nettes. Au premier regard, la maquette peut évoquer une usine high-tech, un laboratoire ou une prison... En s'approchant, des panneaux solaires apparaissent, puis des générateurs reliés par des câbles à une chaise électrique. D'un réalisme troublant, elle se situe au centre d'une petite pièce carrée, carrelée, froide et brillante. De loin comme de près, règne une impression d'architecture « lisse ». Cet objet met en scène des forces contradictoires : une chaise électrique, emblème de mort, se nourrissant de l'énergie solaire ; une force de germination, de vie, détournée pour se faire assassine. Ce sinistre appareillage est le symbole d'une mort liftée, d'une mort qui ne se cache pas mais dont l'excès de lisibilité fait disparaître l'aspérité. Ici, la mort est propre. écologiquement propre. Dans un processus d'accélération vertigineux, Jean-Baptiste Sauvage impose un modèle : un lieu duquel la tragédie est absente, un lieu saturé par l'idée que tout est contenu dans tout, un lieu où chaque valeur est interchangeable. Tel un flash, son image est nue : elle apparaît sans reste. C'est un modèle « soft », au sens où tout est donné à voir, immédiatement. Sa netteté crue annule toute possibilité de refuge, de recoin. Même la honte ne peut s'y dissimuler. Sa surface est lissée dans la netteté. Et le net ici n'a pas d'ombre. Le net ne nécessite pas de rouage comme la machine de Kafka (1). Il retourne en identique l'association vie/mort. Le panneau solaire est engin de mort et l'engin de mort est panneau solaire. Cette réversibilité implacable porte aujourd'hui un nom : la transparence. La transparence telle que l'a définie Baudrillard, la transparence comme simulacre. Ici, une image paradoxale montre tout le contraire de la différence. Ici, le tragique s'évacue de la tragédie. Ici, le symbole de mort se voit poli en son contraire. Baudrillard n'a pas cessé de répéter que le réel en soi n'existe plus, qu'il est devenu « miroir de platitude abolissant l'altérité » (2). Dans L'échange impossible, la réalité est une imposture, le monde une illusion fondamentale (3). C'est en dialecticien- ne que cette oeuvre interroge la réalité et ce qui s'y oppose, la représentation. Elle met en scène la déréalisation qui porte le coup de grâce au réel en électrocutant la dichotomie réalité/représentation. Le virtuel extermine le référent et, donc, le signe. Référence indirecte, ambiguë, cette maquette représente l'abolition de la distance entre vie et mort. C'est une « image » où tout s'indifférencie, même le pouvoir de nommer ce que l'on voit. L'impossibilité de nommer pour George Orwell participe d'un processus : « à la fin nous rendrons littéralement impossible le crime de penser parce qu'il n'y aura aucun mot pour l'exprimer. » (4) Le travail de Jean-Baptiste Sauvage interroge ce devenir. énoncé plastique paradoxal, il pose l'indiscernable du voir comme impossibilité de penser l'horreur : elle se banalise en s'associant avec ce qui est censé la combattre. Question d'esthétique, ce retournement du symbole débusque un design global où, sans scrupule, tout est réversible — même la mort, même la vie. Alors, si les usines aux fumées sales se relookent en usines propres par une accélération du regard, jamais plus Ingrid Bergman ne saura dire en voyant y pénétrer des ouvriers : « J'ai cru voir rentrer des condamnés » (5). Le lien entre clarté du visible et vérité ayant disparu dans des énoncés paradoxaux, (6) cette « image » de Jean-Baptiste Sauvage dit qu' il nous est possible de construire écologiquement la mort. Or, ne l'oublions jamais, la nature n'a aucun sentiment.


notes:

1. Franz Kafka, La Colonie pénitentiaire, J'ai Lu, 2003.

2. « Le microcosme artificiel du loft est semblable à Disneyland, qui donne l'illusion d'un monde réel, d'un monde extérieur, alors que les deux sont exactement à l'image l'un de l'autre. Tout les États-Unis sont Disneyland, et nous sommes tous dans le Loft. Pas besoin d'entrer dans le double virtuel de
la réalité, nous y sommes déjà. » (Jean Baudrillard, « Loft story », in Telemorphose, Sens et Tonka, 2001).

3. La mise en question du réel et de la réalité
est particulièrement exposée dans trois oeuvres de Baudrillard : L'Échange impossible, Galilée, 1999 ; Le crime parfait, Galilée, 1995 ; Le Pacte de lucidité ou l'in- telligence du Mal, Éditions Galilée, 2004. 4. George Orwell, 1984, Gallimard, 1972. 5. Rossellini, Voyage en Italie, Yellow Now, 1990. 6. « La guerre c'est la paix, la liberté c'est l'esclavage » ou l'exécution à mort c'est l'énergie de vie.

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